Le décor des auditions des jeunes enfants se veut "sécurisant"

Le décor des auditions des jeunes enfants se veut "sécurisant" © PHOTO DR

 

La structure est destinée à recueillir la parole d'enfants victimes de violences, notamment sexuelles

 

Couleurs acidulées, peluches et canapé pour décor, une "salle Mélanie" a été aménagée dans l'été au commissariat de police de Bergerac. Un environnement apaisant qui vise à recueillir au mieux les témoignages d'enfants victimes de violences sexuelles. Si le dispositif est décliné dans une quinzaine de compagnies de gendarmeries depuis 2009, d'Agen à Cambrai en passant par Arcachon, c'est la première fois qu'il est repris dans un commissariat de police.

 

"Le fait du hasard", dit Annie Gourgue, présidente de La Mouette, une association agenaise qui vient en aide aux enfants victimes de sévices et finance l'aménagement de ces salles "Mélanie". C'est, en avril dernier, au détour de l'inauguration d'un espace équivalent à la compagnie de gendarmerie de Bergerac qu'Annie Gourgue avait été approchée par David Vincent, capitaine de police.

 

Financée par La Mouette

Dans une salle Mélanie, la parole de l'enfant est "beaucoup plus libérée", assure Annie Gourgue, à qui l'idée était venue en accompagnant un petit garçon de 4 ans victime de son entourage, dans les années 2000, à une audition filmée : "Il avait été reçu dans le petit bureau de l'assistante sociale, on lui avait demandé de ne pas bouger pour qu'il reste dans le champ de la webcam. Dans le couloir, il y avait sans cesse des allées et venues, les portes claquaient... C'était insupportable pour cet enfant."

 

 

Annie Gourgue, présidente de la Mouette, dans la nouvelle "salle Mélanie", ce matin© PHOTO PHOTO DR

 

Les dommages et intérêts qu'obtient l'association à des procès servent à financer ces salles. S'y ajoute la contribution de clubs-services, en l'occurrence le club Inner Wheel d'Agen, qui a récolté au cours d'un gala près de 5000 euros. Au total, l'aménagement de la structure s'élève à 8.000 euros. S'y ajoutera un équipement vidéo de quelque 11.000 euros.

 

Une somme qu'Annie Gourgue espère boucler à travers un appel aux dons (renseignements au 05 53 47 06 18, au 06 60 26 51 46 ou sur le site la-mouette.fr).

 

Source SudOuest.fr par Daniel Bozec.

La victime que «La Mouette» et sa présidente Annie Gourgue assistent lundi a 9 ans. Son agresseur était mineur au moment des faits. «S'il avait été majeur, je n'aurais pas demandé le huis clos. Il protège l'accusé, pas les victimes»./Photo Jean-Michel Mazet

 Présidente de l’association «La Mouette», qui protège l’enfance et les victimes majeures ou mineures, Annie Gourgue défend l’idée d’audiences publiques et non fermées.

 

Lundi, les jurés de la cour d’assises de Lot-et-Garonne vont découvrir un énième dossier de mœurs. La victime a 9 ans aujourd’hui, elle en avait 6 à l’époque, son agresseur est tout juste majeur. Le huis clos s’impose, les portes seront fermées. Mais Annie Gourgue, présidente de l’association «La Mouette», défend aussi l’idée de débats publics.

 

Au tribunal correctionnel pour les délits d’agressions sexuelles, en cour d’assises pour les viols, vous assistez les victimes. Et vous êtes opposée au huis clos systématique…

 

«Une précision utile, nous ne nous opposons jamais au souhait des victimes, quand elles souhaitent que les portes de la salle d’audience soient fermées au public. En revanche, nous les incitons à éviter le huis clos. Je leur dis à chaque fois qu’elles ne doivent pas être reconnues victimes en catimini, derrière une porte fermée. Ce qui importe, c’est la reconstruction après le procès. Et je considère comme d’autres qu’un huis clos protège surtout l’accusé. Pour la cour d’assises des mineurs, c’est différent. La loi impose la protection des identités, et elle est respectée. Un accusé mineur à l’époque des faits a la possibilité de réinsertion, en tout cas il doit l’avoir par la préservation de son identité. Dans l’affaire qui débute lundi, s’il avait été majeur au moment de ses agissements, je n’aurais pas demandé le huis clos.»

 

Depuis plus de 30 ans, vous protégez l’intérêt des victimes majeures ou mineures. Certaines ont regretté le huis clos, ou l’inverse, une audience publique ?

 

«J’ai le souvenir entre autres de Sabine, abusée par son père, reconnu coupable et condamné. Je l’ai revue sur l’un de ces marchés paysans dans le département. Elle était après coup satisfaite d’avoir abandonné l’idée du huis clos. Elle m’a dit qu’elle avait refermé le tiroir de la victimologie. Ce témoignage m’a confirmé que nous avions raison. Je le répète, la non-publicité des débats protège avant tout l’accusé, pas les victimes. Mon expérience fait remonter aussi le témoignage de majeurs victimes qui m’ont dit qu’ils regrettaient que le procès n’ait pas été public (…) Si la victime est bien préparée, et on s’y emploie à chaque fois, le procès peut être constructif. Quand «La Mouette» est administrateur ad hoc dans un procès, je ne demande jamais le huis clos. Dans l’affaire Trama, le huis clos a été demandé par l’avocat de la partie civile, la victime. Je l’ai reçue. C’était vraiment une injustice de la voir seule dans la salle alors que l’ensemble de la famille Trama était présent. Ce n’est pas normal (…)«Exactement, c’est cela. Je leur dis qu’elles ne doivent pas avoir honte, y compris en cas d’inceste. Elles ne sont pas les coupables. Elles ne sont pas victimes à vie, elles peuvent se reconstruire.»

 

Faut-il revoir selon vous la notion de huis clos ?

 

«Je ne pense pas. De toute façon, c’est la victime qui choisit, par le magistrat qui préside le tribunal ou la cour d’assises. Et c’est une chance d’ailleurs (…) Il existe aussi le huis clos partiel, qui me convient le mieux. Une victime ne veut pas forcément voir étaler les détails d’une agression ou d’un viol. Là, lors de son témoignage, on peut dire aux personnes présentes de sortir. Ce système, peu utilisé, protège la pudeur profonde de la victime (…)»

 

En vous opposant au huis clos tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, vous pouvez être taxée de voyeurisme.

 

«Attention, il ne s’agit pas ici de voyeurisme, ou d’esprit morbide. Il faut dire que la maltraitance existe, il faut dire que le viol incestueux existe. Il s’agit ici de prévention avant tout.»

 

Il y a le procès, mais aussi l’enquête judiciaire en amont. La procédure est à revoir, selon vous ?

 

«Des avancées ont été faites mais le rôle d’une association comme «La Mouette» n’est pas de se tenir informée du déroulement d’une enquête. Cela dépasse notre mission. En revanche, je persiste à dire que des progrès restent à faire sur la prévention et l’information sur les violences. Imaginez qu’il n’existe qu’une journée, le 20 novembre, pour les Droits de l’Enfant. Si les associations ne vont pas dans les établissements scolaires pour en parler, personne ne le fait.»

 

Lors d’un procès criminel en cour d’assises, l’enquête de personnalité ne porte que sur l’accusé. Il faut y remédier selon vous ?

 

«Jamais ces enquêtes de personnalité ne sont diligentées pour les victimes. C’est pour nous essentiel malgré tout. En dehors des témoignages à la barre, qui sait quelles ont été les conséquences pour elles entre l’acte et le procès ? C’est important pour les éventuelles séquelles, pour les indemnités. On veut en parler au secrétaire d’État aux Victimes. On ne peut que se féliciter du retour de ce poste au sein du gouvernement.»

 

Propos recueillis par Stéphane Bersauter

 

 

 

Visite guidée par Annie Gourgue. Les membres du club Inner Wheel d’Agen ont pu mesurer l’utilité de cette salle aménagée le plus clair du temps dans des gendarmeries./ Photo J-M. Mazet
 
L’association «La Mouette» est à l’origine avec l’appui de la gendarmerie, de la création de salles Mélanie dédiées aux auditions de mineur(e) s victimes de violences sexuelles. Le club Inner Wheel soutient aujourd’hui l’initiative.
Les salles Mélanie ont vu le jour grâce à l’action de La Mouette. Depuis, elles ont essaimé dans le grand Sud-Ouest et le nord de la France grâce à l’implication de sa présidente, Annie Gourgue.
La Mouette se constitue systématiquement partie civile dans les procès de cybercriminalité et reverse les dommages et intérêts au profit de l’implantation de ces salles. En effet, dans ce type d’affaires, les bancs de la partie civile sont généralement vides.
Difficile d’identifier les mineur(e) s victimes sur les images de pédopornographie qui circulent sur le net. En revanche, les auteurs de ces mises en scène ou qui participent à la diffusion de ces fichiers, sont traqués et confondus par des services de gendarmerie spécialisés dans la cybercriminalité. La cause des enfants est un combat commun à l’association Inner Wheel qui a souhaité apporter son soutien, cette année, à La Mouette via la remise d’un chèque provenant de ses œuvres caritatives.
Femmes et enfants
«Soutenir cette action correspond pleinement à l’essence de nos missions en faveur des femmes et des enfants», a expliqué la présidente du club Inner Wheel d’Agen, Isabelle Ciaponi, qui n’exclut pas de pérenniser cette aide. Une contribution financière qui servira à l’ouverture programmée d’une 12e salle qui coûte en moyenne entre les travaux et les équipements d’enregistrement vidéo, au bas mot 11 000 euros.
D’autres clubs services ont pris part financièrement à certaines des salles Mélanie de la région.
Une visite guidée de la première salle Mélanie, aménagée à la gendarmerie d’Agen, a été organisée par Annie Gourgue à destination des bienfaitrices de l’Inner Wheel d’Agen et de Chantal Nouhaud, gouverneur du «District 69» qui rassemble 17 clubs en Aquitaine.
Première salle européenne à Athènes
Une salle dont les couleurs douces et les meubles bas à l’échelle des enfants, ne sont pas perçus comme anxiogènes par les petites victimes d’abus sexuels. Le local technique est séparé par une vitre sans tain de la salle d’audition.
Le but est d’observer le comportement de l’enfant, sans le côté formel et intimidant d’une audition dans un bureau de gendarmerie. Et surtout son audition est enregistrée une fois pour toutes. Ce qui constitue une pièce maîtresse du dossier qui sera reversée aux enquêteurs, au juge d’instruction et aux fins de procès, faisant ainsi l’économie de répétitions traumatisantes. Une maison de poupées permet aussi de mettre en mots les maux subis et de localiser les faits dans les pièces de l’habitation.
Dès que la première salle a été médiatisée, la Mouette a été assiégée de demandes émanant des brigades de gendarmerie qui voulaient éviter de la route et des virages dans les zones plus reculées, aux enfants.
Les emplacements sont réfléchis en fonction de leur aspect pratique.
Très investie au plan européen dans le champ de l’enfance maltraitée et des disparitions d’enfants, Annie Gourgue renoue avec ses racines grecques puisqu’elle s’apprête à s’envoler à Athènes en avril pour inaugurer la première salle Mélanie en Europe portée par une association grecque active dans le domaine de la protection de l’enfance «The smile of the child».
Les clubs du «District 69» se réuniront en juin à Agen, peut-être l’occasion de présenter le bien-fondé des salles Mélanie.
Salles Mélanie : Agen, Cambrai, Nontron, Villeneuve-sur-Lot, Marmande, Mont-de-Marsan (salle du conseil général), Orthez, Lourdes, Bordeaux, Bayonne, Bergerac et Oloron Sainte-Marie.
C.St-.P.

Journée internationale des enfants disparus

Distribution de myosotis autocollants et du bracelet portant le numéro vert./ Photo Morad Cherchari.
Distribution de myosotis autocollants et du bracelet portant le numéro vert./ Photo Morad Cherchari.
 

Qui ne serait heureux de voir qu’un homme a rapporté le portable que vous aviez perdu dans la rue, au commissariat le plus proche ?
Pas le prévenu qui comparaissait hier devant le tribunal correctionnel d’Agen. Car les policiers durent chercher dans l’appareil des pistes leur permettant de remonter jusqu’à lui. Ce dont il se serait bien passé. En effet, les enquêteurs découvrent dans les photos stockées plus de 50 images à caractère pédopornographique. Elles mettaient en scène des fillettes, âgées de 6 à 8 ans à peine, forcées de subir ou de se livrer à des actes sexuels. Les policiers placent le propriétaire du Smartphone en garde à vue et se rendent aussitôt au domicile de ses parents, chez lesquels il vit. Mais la mère avait déjà jeté l’ordinateur et se refusera à toute autre déclaration. L’homme affirmait être tombé par hasard sur ce site et ne s’être jamais servi des photos pour assouvir ses fantasmes. Annie Gourgues, la présidente de l’association «La Mouette» interpellait le prévenu : «C’est parce qu’il y a des gens comme vous qui consultent ces sites que l’escalade de la violence va vers les tout-petits». «Ils souffrent parce que l’image que vous avez regardée, ils savent que toute leur vie elle restera». «Je ne sais pas s’il a conscience que ce sont de vrais enfants», s’indignait-elle.
 
Me Derisbourg se constituait partie civile pour «La Mouette» : «Nous ignorons l’identité des enfants sur ces photos. Nous n’avons donc pas la possibilité de réparer le préjudice qu’ils subissent avec ces images immortalisées à tout jamais». Elle expliquait que l’indemnisation demandée aux prévenus condamnés permettait d’aider de manière indirecte d’autres enfants victimes de sévices, car tout est réinvesti dans des salles dites Mélanie, où les petites victimes sont auditionnées.
 
«A-t-il seulement pensé à ces fillettes de 6 ans qui doivent faire des fellations, subir des pénétrations et au fait qu’il incitait les membres de ces réseaux à continuer à perpétrer des faits criminels», assène la représentante du ministère public qui requiert 15 mois de prison dont 10 mois avec sursis et mise à l’épreuve avec obligation de soins.
 
Me De Behr parle d’un petit garçon abandonné par sa mère malgache et étonné de découvrir de nouveaux parents qui n’étaient pas de la même couleur que lui. Puis elle évoque le travail que son client commence avec un psychanalyste de Tonneins avec lequel il a pris conscience de la gravité de ses actes. Elle demande de réduire le quantum de la peine. Le tribunal a mis l’affaire en délibéré.
 
Annie Gardère

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