A la Une / Bordeaux / Publié le 13/10/2016 . Mis à jour à 09h03 par Florence Moreau



L'enseignant de Cadaujac détenait plus de 365 000 fichiers d'enfants nus dont certains pris par lui en caméra espion

Christophe Sajus-Lamothe, 46 ans, ancien directeur de l'école de Cadaujac, était jugé ce mercredi par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour détention et diffusion d'images à caractère pedopornographique et violences avec préméditation n ayant pas entraîné d'incapacité totale de travail. Publiquement, contrairement à la demande de son avocate qui souhaitait le huis clos.

Demande de huis clos rejetée

En début de procès, l'avocate de Christophe Sajus-Lamothe avait demandé à ce que le dossier soit examiné à huis clos. Comprenant mais regrettant la médiatisation de l'affaire, elle appelait à une sérénité des débats qui passait selon elle par une non publicité "dans l'intérêt de tous". "En fait, c'est une demande faite contre les journalistes", a résumé la présidente Anne-Marie Volette.

Personne, parmi les parties civiles n'a emboîté le pas de la défense. Le vice-procureur Marc Ottomani, s'est offusqué, arguant que "le principe de la justice c'est d'être publique". Argument repris par le tribunal qui a rejeté la demande de huis clos.

365 000 clichés

C'est un signalement sur le contenu de son ordinateur, parvenu à l'office central de répression des violences aux personnes, qui avait lancé le dossier. Les enquêteurs de la police judiciaire ont de fait retrouvé plus de 365 000 clichés de garçonnets nus sur des disques durs cachés .

Certaines de ces images ont été captées grâce à des gadgets sophistiqués comme une mini caméra cachée dans une montre. 20 élèves de Cadaujac et du Bouscat où il a été précédemment en poste figurent sur ces photos volées.

Il a "géré"

Le prévenu a conscience que ses excuses aux familles sont plates. Il dit avoir "géré" et ne pas avoir confondu les téléchargements compulsifs et les photos prises à l'insu des enfants.

Il aurait pris conscience de son attirance pour les petits garçons quand il était adolescent. "Intuitivement, j'ai compris que ce serait impossible à avouer qu'il faudrait l'enfouir au plus profond de moi en espérant qu'elle disparaisse avec le temps".

L'Ange bleu témoigne

La fondatrice et présidente de l'association l'Ange bleu a été entendue comme témoin, mercredi par le tribunal correctionnel de Bordeaux. Elle n'est pas témoin des faits. Ni vraiment de la personnalité du prévenu avec lequel elle s'est entretenu au téléphone. Mais Latifa Bennari, fondatrice et présidente de l'association l'Ange bleu a de l'expérience. Elle a été entendue ce mercredi par le tribunal correctionnel de Bordeaux.

A la barre, elle se présente rapidement. Elle est ancienne victime et milite contre la maltraitance sexuelle des enfants. A force de voir passer des dossiers, elle sait que "tous ceux qui sont passés à l'acte ont eu besoin d'aide à un moment. Et l'Ange bleu permet de demander de l'aide. D'écouter ces gens en proie avec leur attirance, leur perversion sexuelle".

Elle a été contactée par la mère de Christophe Sajus-Lamothe, hospitalisé juste après son arrestation en octobre 2015. Latifa Bennari connaît les consommateurs d'images pédopornographiques, "ces abstinents en détresse". "La majorité ne passe pas à l'acte. Ils font appel à notre association pour se sevrer et il n'y a pas d'impact sur les enfants réels"

La remarque fait bondir les avocats des parties civiles.

Trois ans de prison

"Vous êtes la honte de la République", tonne le vice procureur Marc Ottomani, à l'encontre de Christophe Sajus-Lamothe. Il requiert trois ans de prison dont six mois avec sursis et mise à l'épreuve obligation de soins, interdiction d'exercer une profession en contact avec des mineurs pendant 5 ans et la déchéance de ses droits civiques.

Après en avoir délibéré, le tribunal a condamné l'ancien directeur à trois ans de prison dont un avec sursis, l'obligation de se soigner, d'indemniser les victimes, l'interdiction de travailler avec des mineurs et à son inscription au fichier judiciaire des auteurs d'infractions sexuelles. Il a été maintenu en détention.

"Pédophile abstinent ou prédateur passif"?

Les parties civiles ont pu s'exprimer ce mercredi. Beaucoup cherchaient des réponses qu'elles n'ont pas obtenues

"Finalement, ce qu'ils demandent, c'est être reconnus comme victimes". Me Emmanuelle Plumetet résume bien la position des parties civiles. Certains pères ou mères d'élèves de l'école de Cadaujac ou du Bouscat, dont les enfants se sont retrouvés sur les photos collectionnées par l'enseignants avaient même demandé un euro symbolique à titre de dommages et intérêts. Avant de revoir leurs prétentions financières à la hausse au vu de l'attitude du prévenu.

"Tous les parents d'élèves qui ont fréquenté l'école de Cadaujac se sont sentis concernés", explique Me Loic Champeaux qui sera finalement débouté de sa constitution de partie civile car les enfants de ses clients ne figurent pas sur les videos. "Ils ont pourtant subi un préjudice à cause du prévenu. Ils ont dû se battre au quotidien pour avoir des informations qu'on ne leur donnait pas, ils se sont angoissés de savoir ce que le directeur avait fait". Pour l'avocat, "la frontière est ténue entre le pédophile abstinent et le prédateur passif".

Pour Me Christine Saint-Germain, le prévenu a "un discours convenu, appris par coeur". L'avocate veut bien entendre que le directeur a perdu pied. "Mais il était suffisamment intelligent pour prendre ses dispositions pour ne pas être pris sur le fait", déplore-t-elle. "Et il avait tout le matériel de James Bond avec ces gadgets derniers cris". Comme d'autres elle se demande pourquoi l'enseignant n'a pas cherché à se faire aider ou à démissionner. "Il aurait pu se faire violence pour consulter", ne décolère pas une mère.

Me Christine Maze, avocate de l'association de protection de l'enfance La Mouette, entend pousser un cri. Celui des enfants présents sur les vidéos téléchargées qui représentent "ni plus ni moins des viols, ces enfants laissés en pâture à des adultes. Plus il y a de consommateurs de ces vidéos, plus il y a de salopards qui mettent en scène et filment ce genre d'images. Et ce sont des enfants pour de vrai". Elle s'adresse au prévenu : "vous étiez le second après le père. Vous avez trahi la confiance de ces petits bouts".

L'enseignant confie son attirance pour les jeunes garçons

L'enseignant suspendu à titre conservatoire a confié son attirance pour les jeunes garçons

La loi lui laisse le choix, mais il a décidé de s'expliquer. Christophe Sajus-Lamothe, aujourd'hui âgé de 46 ans, jugé ce mercredi par le tribunal correctionnel de Bordeaux, retrace son parcours, raconte une enfance "pas rose" entre une mère absente pour son travail et un père alcoolique. L'expert psychiatre qui l'a examiné a noté une difficulté dans les relations et des failles identitaires. Il a même conclu à de la "pédophilie abstinente associée à un voyeurisme et à de la cyberpédophilie".

Le prévenu a rapidement découvert en lui ce qu'il nomme "une attirance déviante". "Dès mon adolescence, lors de mon entrée en seconde, j'ai eu cette double interrogation : j'avais du désir pour les camarades de mon âge mais aussi pour des enfants plus jeunes. C'était quelque chose de difficile. Intuitivement, j'ai compris que cela serait difficile à avouer, que ce serait impossible à révéler alors j'ai voulu l'enfouir au plus profond de moi en espérant que cela disparaisse avec le temps".

Il confie un "virage", il y a trois ans. Enfermement dans la solitude, vide affectif malgré une relation suivie de douze ans :pris d'une boulimie d'images, il s'est mis à télécharger compulsivement des milliers de fichiers d'enfants dénudés. Il s'est même essayé à la captation et la fabrication de ses propres images. "J'étais complètement conscient de cet interdit. Mais je l'ai aménagé. C'est un arrangement avec soi-même. Je me disais que dans cette captation, je n'occasionnais aucun mal à mes élèves". Les photos étaient en effet prises à leur insu grâce à des caméras espions. "Mes élèves étaient à part, ils n'entraient pas dans mes désirs". Mouvement et murmures sur le banc des parties civiles.

Il sait ses excuses plates. Un père lui demande pourquoi il ne s'est pas soigné avant. "J'ai essayé une fois. Je suis allé voir un psychiatre en espérant ouvrir des vannes, libérer ce trop plein. Mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas m'ouvrir sans chambouler toute ma vie notamment professionnelle. Et ce courage de mettre le pied dans la fourmilière, je ne l'ai pas eu"

Me Letang-Forel défend les intérêts des cinq sœurs de Killian, sous protection du Conseil départemental.
Me Letang-Forel défend les intérêts des cinq sœurs de Killian, sous protection du Conseil départemental. ©
pascal bats/« so »

Article abonnés Les trois accusés ont témoigné des coups, punitions et privations d’aliments infligés à Killian.

Six ans après la mort du petit Killian et après deux jours de procès, l'origine du décès reste inconnue. Syndrome de Di George, administration d'Atarax, dénutrition, coups… Les causes pourraient être multiples. D'après les légistes, les lésions céphaliques, témoins que l'enfant était régulièrement battu, ne seraient d'ailleurs pas la cause immédiate. Les débats criminels d'hier ont toutefois permis de mesurer la violence du traitement réservé au garçon de 4 ans pendant plusieurs mois au domicile familial du 3, avenue Henri-Crouzet, à Mont-de-Marsan.

 

Sa maman a d'abord assumé des « grosses claques derrière la tête » et son envoi régulier « au coin, face au mur, avec les bras en l'air » ; « plusieurs heures parfois ». Puni « car il n'était pas propre ou ne mangeait pas assez vite », Killian était aussi souvent condamné à rester seul dans sa chambre, sans jouets ou presque, volets fermés, sur un matelas taché et sans drap ; « parfois toute la journée », confesse-t-elle avec difficulté.

Lorsqu'il était trop amoché, le garçon, « toujours souriant », n'était pas envoyé à l'école. Des chutes imaginaires étaient avancées pour couvrir les dernières traces de bleus. Karine Flores minimise toutefois sa responsabilité et jure que c'est David Barri qui « a frappé le premier », que « ses coups étaient très violents ». « Vous le frappiez tous les jours ? », recadre l'avocat général. « Non. Tous les deux jours », reprend-elle, tête baissée.

L'accusée, dépassée par la maladie de son fils et son intégration difficile dans la famille Barri, laisse entrevoir de la honte. Alors pourquoi ne pas avoir réagi, pourquoi ne pas avoir fait confiance aux professionnels qui suivaient Killian ? « J'avais peur qu'on me dise que je n'étais pas capable de m'occuper de mes enfants, qu'on les place pour un oui ou pour un non », répète-t-elle à plusieurs reprises.

Pour les allocations ?

L'avocat général insiste. Les explications manquent. La cour en veut plus. « Vous n'en pouviez plus, vous étiez débordée, mais vous avez tout fait pour garder Killian à la maison. Certains ont d'ailleurs la conviction que vous l'avez repris uniquement pour toucher les allocations d'enfant handicapé. Ça vous inspire quoi ? » La réponse ne vient pas…

Le père avoue lui aussi violences et privations de nourriture (1). « Ça arrivait lorsque je perdais patience », dit-il. « Comment devenez-vous ce bourreau, ce papa qui frappe sans raison ? », teste la présidence. Figé debout dans le box des accusés, David Barri semble d'un coup réaliser qu'il a contribué à tuer Killian. Il tente de renvoyer la faute sur Karine Flores et charge sa propre mère (2). Mais le trentenaire sait qu'il a sa part de responsabilité.

« Ça vous faisait du bien de le frapper ? », pousse encore l'avocat général. « Cet enfant a été maltraité, affamé jusqu'à mourir de faim. Vous avez voulu vous en débarrasser ? », insiste à son tour Me Béatrice Letang-Forel, qui défend les intérêts des cinq sœurs de Killian.

Les attaques font mal et c'est volontaire. David Barri balbutie enfin quelques réponses, arrachées au forceps. Il frappait « pour avoir la paix ». « Pour ne pas perdre Karine », aussi.

La présidence acte mais ne comprend pas tout. « Vous dites tous les deux que vous l'aimiez. Alors quoi, il était si méchant que ça, ce petit ? » La même Hélène Bui-Van, plus tard : « On n'arrive pas à tout savoir mais ce qu'on sait c'est que vous n'avez rien fait ni l'un ni l'autre pour le protéger. Vous l'avez laissé crever… »

(1) L'enfant retrouvé décédé à l'âge de 4 ans et onze mois pesait à peine 10 kilos. Il en avait perdu deux lors des cinq dernières semaines de sa vie. (2) La grand-mère n'avoue qu'une « petite fessée ». Sans trop convaincre.

Journal le Sud Ouest du 05/10/2016

 

David Barri et Karine Flores ont été condamnés à la même peine : quinze années de réclusion criminelle
David Barri et Karine Flores ont été condamnés à la même peine : quinze années de réclusion criminelle ©
Bats Pascal

Le verdict de la cour d'assises des Landes est tombé ce mardi vers 18h30. La grand-mère paternelle est sanctionnée de 6 mois de prison avec sursis 

Les jurés de la cour d'assises des Landes ont condamné ce mardi soir David Barri et Karine Flores à la même peine de quinze années de réclusion criminelle.

 

Ce verdict, conforme aux réquisitions prises dans la matinée pour ces violences habituelles ayant entraîné la mort du petit Killian, sans intention de la donner, comprend également six mois d'emprisonnement avec sursis pour la grand-mère paternelle de l'enfant. 

Le retrait de l'autorité parentale pour les cinq sœurs "survivantes" du garçon, retrouvé mort le 27 avril 2010, à Mont-de-Marsan, avait également été réclamé par l'avocat général. La cour d'assises a estimé qu'il n'était pas nécessaire de le prononcer. Une décision largement regrettée par la présidente de l'association La Mouette, spécialisée dans la protection et le droit des enfants.

Frappé, affamé, humilié, shooté…

Plus tôt dans la journée, l'avocat général, Céline Bucau avait certes fait "le constat d'échec des institutions médicales, sociales et judiciaires". Mais elle avait demandé aux jurés de "ne pas se tromper de coupable", et de garder clairement en tête l'image de ces parents qui frappaient, affamaient, humiliaient, insultaient et même "shootaient" cet enfant. "Ils le droguait à l'Atarax pour qu'il dorme et qu'il leur fiche la paix. Souvenez-vous bien de cet expert qui nous a parlé de soumission chimique".

La magistrate a également repris à son compte les mots d'un sapeur-pompier venu évoquer, mardi soir dernier, le souvenir d'un "enfant mort seul comme un chien". "Sauf que même un chien on ne le laisse pas crever comme ça", complétait l'avocat général.

Journal Sud-Ouest du 11 octobre 2016

pascal bats/ « sud ouest »

Article abonnés Les parents et la grand-mère paternelle du petit Killian font face à la justice depuis lundi, à Mont-de-Marsan.

Sept jurés ont été réunis lundi matin par la cour criminelle landaise pour tenter, avec l'aide de 18 témoins et de dix experts, d'éclairer les sombres circonstances de la mort de Killian, le 27 avril 2010, à Mont-de-Marsan. Quelques éléments ont été apportés sur l'état de la victime, décédée avant d'avoir 5 ans. Sa très forte dénutrition. Ses lésions multiples. Ses vêtements souillés et les traces de sang et de cheveux arrachés dans le lit…

 

Il a également été fait état d'une version concertée, incompatible avec l'enquête. Il a été question des désaccords et oppositions. Mais c'est surtout la rencontre avec les trois accusés qui a marqué la journée.

« Pas la chair de ma chair »

La grand-mère paternelle de Killian (son fils n'est pas le père biologique, mais il a reconnu l'enfant) est apparue assez décontractée, parfois souriante, donnant l'image d'une grand-mère aimante. À 67 ans, la cliente de Me Gil Serizier est poursuivie pour des violences volontaires. Elle encourt cinq ans d'emprisonnement. Mais elle avance sereinement.

Elle évoque « un enfant très affectueux, avec du caractère mais qui était adorable ». « Il aimait tout le monde », relève-t-elle. Elle promet n'avoir jamais fait de différence entre lui et ses quatre sœurs. Interrogé par les enquêteurs, elle répondait pourtant « ce n'est pas mon petit-fils ». Elle en a 31, sans compter celui-ci, qu'elle est accusée par la mère de traiter de « bâtard ». « Ce n'est pas la chair de ma chair. On les aime quand même, mais pas pareil », confirme-t-elle hier.

Apparaît ensuite David Barri, 32 ans. Comme Karine Flores, la mère de l'enfant, les violences ayant entraîné la mort du petit sans intention de la donner lui font risquer jusqu'à trente ans de réclusion, après avoir déjà été placés un an en détention provisoire. Le poignet de la main qui tient le micro tremble. Les ongles de l'autre tapotent nerveusement la table du box. Bien aidé par ses avocats, Mes Dutin et Dulhoste, il entre en balbutiant dans le rôle de l'homme soumis.

Celui qui a quitté l'école en troisième et à qui il est arrivé de frapper sa compagne, et son fils, se dit « calme », « influençable », « vulnérable », fainéant aussi (« pas le courage de me lever le matin pour aller travailler »). Il explique aux jurés qu'il jouait avec Killian. « Je n'ai jamais rien fait avec lui », livrait-il pourtant lors des interrogatoires.

« L'erreur de le récupérer »

Troisième à se lever, Karine Flores, 31 ans, rapporte en pleurs une enfance marquée par des violences et des viols. Elle dévoile une vie marquée par des unions destructrices. Avec le père de Killian. Puis avec un homme avec qui elle contracta un mariage blanc. Lors de sa rencontre avec David Barri, Killian était hospitalisé. « Vouloir récupérer mon fils (après trois ans de suivi médical à Montpribat, NDLR) a été une erreur de ma part », lâche-t-elle en larmes. Déjà débordée par quatre enfants qu'elle « n'arrivait pas à gérer » (elle en a refait deux depuis, David Barri a eu une fille), la jeune maman immature et impulsive, voire agressive, confesse six ans plus tard ne jamais avoir bien accepté le syndrome génétique de Di George dont souffrait son fils. Le délaissait-elle pour autant ? « Je préférais m'occuper du ménage… », répond la cliente de Me Pierre-Bernard Ducamp.

Verdict lundi soir.

Journal Le Sud-Ouest 4 octobre 2010

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