Qui ne serait heureux de voir qu’un homme a rapporté le portable que vous aviez perdu dans la rue, au commissariat le plus proche ?
Pas le prévenu qui comparaissait hier devant le tribunal correctionnel d’Agen. Car les policiers durent chercher dans l’appareil des pistes leur permettant de remonter jusqu’à lui. Ce dont il se serait bien passé. En effet, les enquêteurs découvrent dans les photos stockées plus de 50 images à caractère pédopornographique. Elles mettaient en scène des fillettes, âgées de 6 à 8 ans à peine, forcées de subir ou de se livrer à des actes sexuels. Les policiers placent le propriétaire du Smartphone en garde à vue et se rendent aussitôt au domicile de ses parents, chez lesquels il vit. Mais la mère avait déjà jeté l’ordinateur et se refusera à toute autre déclaration. L’homme affirmait être tombé par hasard sur ce site et ne s’être jamais servi des photos pour assouvir ses fantasmes. Annie Gourgues, la présidente de l’association «La Mouette» interpellait le prévenu : «C’est parce qu’il y a des gens comme vous qui consultent ces sites que l’escalade de la violence va vers les tout-petits». «Ils souffrent parce que l’image que vous avez regardée, ils savent que toute leur vie elle restera». «Je ne sais pas s’il a conscience que ce sont de vrais enfants», s’indignait-elle.
 
Me Derisbourg se constituait partie civile pour «La Mouette» : «Nous ignorons l’identité des enfants sur ces photos. Nous n’avons donc pas la possibilité de réparer le préjudice qu’ils subissent avec ces images immortalisées à tout jamais». Elle expliquait que l’indemnisation demandée aux prévenus condamnés permettait d’aider de manière indirecte d’autres enfants victimes de sévices, car tout est réinvesti dans des salles dites Mélanie, où les petites victimes sont auditionnées.
 
«A-t-il seulement pensé à ces fillettes de 6 ans qui doivent faire des fellations, subir des pénétrations et au fait qu’il incitait les membres de ces réseaux à continuer à perpétrer des faits criminels», assène la représentante du ministère public qui requiert 15 mois de prison dont 10 mois avec sursis et mise à l’épreuve avec obligation de soins.
 
Me De Behr parle d’un petit garçon abandonné par sa mère malgache et étonné de découvrir de nouveaux parents qui n’étaient pas de la même couleur que lui. Puis elle évoque le travail que son client commence avec un psychanalyste de Tonneins avec lequel il a pris conscience de la gravité de ses actes. Elle demande de réduire le quantum de la peine. Le tribunal a mis l’affaire en délibéré.
 
Annie Gardère