14 nov 13:41

Disparition de Marion Wagon : 20 ans après, trois gendarmes mènent toujours les investigations

 
FAIT DIVERS - Marion Wagon, 10 ans, a disparu le 14 novembre 1996 à la sortie de l'école à Agen (Lot-et-Garonne). Vingt ans plus tard, la "cellule Marion" reste activée, avec trois enquêteurs menant les investigations. Retour sur cette affaire jamais élucidée.

 

14 novembre 1996 vers midi : la fillette disparaît en revenant de l'école

Marion Wagon a quitté l’école le 14 novembre 1996 vers midi. La petite fille de 10 ans, cheveux blonds, yeux bleus, devait regagner son domicile d’Agen (Lot-et-Garonne) à 400 mètres de là. Elle n’est jamais rentrée chez elle. Un chien policier perd sa trace à 50 mètres de chez elle, laissant supposer qu'elle est montée dans un véhicule...

 

 

 

Des milliers de témoignages du monde entier

Comme pour chaque disparition d’enfant, les gendarmes ont recueilli au fil des ans des milliers de témoignages.  Ceux-ci sont arrivés du monde entier, conduisant les enquêteurs à mener des investigations aux quatre coins du monde : Nouvelle-Calédonie, Espagne, Pologne et Martinique... Partout où la fillette aurait été vue. Ses parents (photos ci-dessus et ci-dessous) n'ont jamais perdu espoir. En 1997, déjà, ils demandaient de ne pas "abandonner" Marion. 

 

 
 

 

La "cellule Marion" toujours activée

Malgré les efforts de tous et la diffusion en 1998 d'un portrait scientifiquement vieilli de la fillette, aucune piste sérieuse n'a pu être retenue jusque-là. 

 

 

 

Toutefois, 20 ans après la disparition de la fillette, qui aurait aujourd’hui 30 ans, Manuella Garnier,  Procureur de la République à Agen, assure que" toutes les pistes, même les plus ténues, continuent d'être exploitées sans relâche".  À la Section de recherches de la gendarmerie, la cellule "Marion" reste activée, avec trois enquêteurs affectés au dossier, contre une quarantaine au plus fort de l'enquête.  

"Il ne se passe pas un trimestre sans que des actes d'enquête ne soient ordonnés", insiste le procureur. Elle rappelle que "chaque acte d'instruction interrompt la prescription de l'action publique pour une nouvelle durée de dix ans". 

La Mouette, une association particulièrement mobilisée

L’association locale La Mouette, fondée en 1984 après la disparition et l'assassinat de Magali Forabosco, âgée de 7 ans, à Colayrac (Lot-et-Garonne), mène également un combat pour retrouver la petite Marion. Ce lundi d'ailleurs, La Mouette organisait à midi un rassemblement à Agen, suivi d'une marche silencieuse : "C'est pour dire à Marion 'On ne t'oublie pas', mais c'est aussi un message de solidarité pour les parents, même s'ils n'y participeront pas", indique sa présidente Annie Gourgue. 

 

 Une affiche sur 10 millions de packs

"Nous avions écrit aux 36.000 maires des communes françaises" et bénéficié à l'époque d'"une très grosse couverture médiatique", poursuit la présidente de La Mouette. Grâce à Jacques Pradel et à son émission "Perdu de vue " sur TF1, l'association avait pu contacter les industriels du lait qui avaient affiché la photo de Marion "sur 10 millions de packs", une campagne inspirée des pratiques américaines. "On avait rencontré, avec les parents de Marion, Alain Juppé (aors Premier ministre) et Jacques Chirac", rappelle Annie Gourgue.  Une mobilisation qui n'a donné aucun résultat concret mais qui ne fut pas pour autant inutile, car "beaucoup de choses ont changé depuis la disparition de Marion", souligne-t-elle. "Maintenant, on prend beaucoup plus au sérieux les disparitions d'enfants et on ne se contente plus de parler d'une "simple fugue"... "

 

Cela nous fait du bien de voir que notre fille n'est pas tombée dans l'oubli Michel Wagon, le père de Marion

 

14 novembre 1996 : le père de Marion s'exprime pour la première fois depuis 10 ans

Il ne s'était pas exprimé depuis 2006. Ce Lundi, Michel Wagon a accordé une interview très émouvante à La dépêche. Il indique notamment que lui est sa femme s'étaient "mis en retrait" car ils avaient l'impression que "tout avait été fait sur un plan médiatique". Face au nombreux messages reçus à l'approche des 20 ans de la disparition de Marion, Michel Wagon a décidé de s'exprimer. "Cela nous fait du bien de voir que notre fille n'est pas tombée dans l'oubli", déclare-t-il. Il ajoute : "Chaque année, cela nous retravaille. C'est la journée la plus difficile. Notre vie s'est arrêtée le 14 novembre 1996. C'est une étape douloureuse, tout remonte à la surface. Mais aussi les Noëls, les fêtes des mères et des pères. Nous ne sommes pas bien… ". Chaque année, la famille passe ensemble ce triste anniversaire. 

 

Vingt ans après, le père de famille se dit "en quête de vérité" : "Il n'est jamais trop tard. Si quelqu'un sait, se souvient de quelque chose… qu'il parle ! On aimerait savoir au bout de vingt ans. On ne peut pas rester sans savoir ! Mais on a intégré aussi l'idée que peut-être on ne saura jamais rien ou à l'inverse qu'il faudra se préparer moralement le jour où…". 

 

Il y a 20 ans, le dispositif "alerte enlèvement" n'existait pas

Annie Gourgue a la conviction que "s'il y a 20 ans, nous avions eu Alerte-enlèvement, internet et les réseaux sociaux, nous aurions su ce qui s'est passé pour Marion". Désormais en effet, aussitôt après la déclaration d'une disparition, le portrait de l’enfant est diffusé à l’échelle européenne avec un numéro vert d'appel téléphonique, mis en place grâce au travail du réseau "Missing Children Europe" auquel est affiliée La Mouette. Depuis sa création, "Alerte enlèvement a permis en France de retrouver 13 enfants", insiste Annie Gourgue. 

 

Ce dispositif, lancé par le ministère de la Justice en février 2006, s'inspire du système "Amber alert" instauré aux Etats-Unis en 1996 après la disparition d'Amber Renee Hagerman, une fillette de 10 ans enlevée à Arlington (Texas) et retrouvée morte quatre jours plus tard. Il permet de diffuser très rapidement auprès de l'ensemble de la population des informations précises relatives à l'enlèvement d'un mineur, afin de susciter des témoignages pouvant permettre de le retrouver. Car les premières heures suivant la disparition sont cruciales pour la survie des victimes.