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20 ans cette année que Marion a disparu sur le chemin de l'école

Faits divers - Date anniversaire le 14 novembre

«Je garde espoir qu'un jour, quelqu'un parlera ou soulagera sa conscience.» / Photo Morad Cherchari.
«Je garde espoir qu'un jour, quelqu'un parlera ou soulagera sa conscience.» / Photo Morad Cherchari.

L'affaire Marion a laissé des traces. Présidente de «La Mouette», Annie Gourgue revient sur les 20 ans de sa disparition. De la formidable chaîne de solidarité humaine à l'émotion qui a gagné la France entière.

Marion Wagon a eu ou aurait eu 30 ans le 8 août dernier. Le 14 novembre, cela fera 20 ans que la fillette au regard bleu myosotis s'est volatilisée à midi sur le chemin de l'école Sembel d'Agen. Une disparition à laquelle ne peut se résoudre Annie Gourgue, la présidente de «La Mouette» qui a fait de cette énigme irrésolue le combat d'une vie. «Tous les jours, je me dis demain, on saura quelque chose. Nous devons savoir ! Qu'elle soit vivante ou pas. Si Quelqu'un sait quelque chose, il doit le dire ou peut-être que cette personne voudra un jour soulager sa conscience». L'instruction est toujours ouverte dirigée par la magistrate Sylvie Tronche qui a fait numériser des décennies de procédures et une cellule est encore active à la SR d'Agen. Trois gendarmes continuent d'exploiter la moindre piste, même les plus farfelues.

 

Hier à la permanence de «La Mouette» aux côtés de Christine Bonfanti-Dossat, vice-présidente et engagée depuis la première heure, Annie Gourgue a retracé 20 ans d'historique de la mobilisation pour retrouver Marion qui a vite gagné la France entière et l'Europe. 5 000 affiches imprimées au lendemain de la disparition financées par Muriel Boulmier, l'autre figure essentielle du comité devenu plus tard «La Mouette», à Patricia Henry dont la fille était dans la même école que Marion, alors épouse du directeur de cabinet du préfet de l'époque qui mettra le carnet d'adresses des 36 000 maires de France au service du comité pour les affiches. La solidarité passera par les fonctionnaires des administrations émus par ce fait divers qui proposeront leur aide, tous les clubs Lion's et Rotary, des anonymes venus prêter main-forte, les employés de La Poste en grève en novembre 1996 qui accepteront le soir de rouvrir le centre de tri pour collecter les affiches à acheminer pour Marion, les 4X3 placardées par le conseil général jusqu'aux deux juges d'instruction en charge du dossier qui viendront coller des enveloppes en sortant de leurs cabinets. «On avait espoir de retrouver Marion».

Le mauvais départ de l'enquête

Une chaîne humaine s'est mise en place à laquelle la présidente rend grâce. Elle se remémore les cahiers entiers de messages, les routiers qui faisaient jouer leurs réseaux, les distributions au péage de l'autoroute. Jusqu'à la rencontre providentielle avec le présentateur Jacques Pradel de «Perdu de vue» qui la met en contact avec des industriels du lait qui reprendront le portrait de Marion sur 10 millions de packs. Sans oublier les télévisions italiennes, portugaises et hollandaises qui se sont intéressées à la petite fille. Mais aussi et surtout le temps perdu au premier jour de l'enquête parce que le procureur de l'époque avait privilégié une fugue… à 10 ans. Puis les tâtonnements des enquêtes confiées successivement au commissariat, à la PJ et enfin à la SR. «Il faut préciser que 20 ans en arrière, nous ne disposions pas des services modernes de la police scientifique et des analyses ADN. Et le fichier génétique des auteurs de crimes sexuels n'existait pas. Mais la SR a fait un boulot énorme.»

L'affaire Marion aura marqué un tournant. C'était la première fois qu'une enfant disparaissait en plein jour dans la rue. «La Mouette» a reçu le soutien de Bernadette Chirac, de son mari Jacques, du Premier ministre Alain Juppé. Un numéro vert a été mis en place au début, puis un numéro européen grâce à Nicole Fontaine.

L'association a intégré, en 1999, la fédération européenne «Missing Chidren Europe» aux côtés de la Belgique meurtrie par l'affaire Dutroux et de l'Italie où de la traite d'enfants albanais sévissait. L'association a contribué à faire prendre conscience du phénomène de la cybercriminalité et de la lutte à lui opposer.

Mais lundi, «La Mouette» refuse que Marion tombe dans l'oubli.


Marche silencieuse lundi 14, sans les parents Wagon

«Les parents de Marion ne seront pas là lundi. Ils sont partis dans le Nord pour quelques jours. Ils nous ont autorisés à être leur porte-parole. Mais ils sont fatigués et veulent prendre du recul. C'est légitime. On les comprend». Une famille lasse du malheur qui stigmatise. Michel et Françoise Wagon sont aujourd'hui grands-parents et aspirent à vivre loin des caméras, des micros brandis sous le nez et du crépitement des flashs. Le père de Marion a répondu présent pendant des années aux sollicitations médiatiques, mais chaque mois de novembre reste une période éprouvante pour des parents profondément marqués dans leur chair par l'absence de leur fille. Et puis il y a le reste de la fratrie. La vie a dû reprendre ses droits.

Mais pour Annie Gourgue, chaque action entreprise peut conduire vers la vérité, amener des langues à se délier, reste-t-elle convaincue.

Lundi 14 novembre, une marche silencieuse démarrera à partir de midi devant le palais de justice d'Agen et passera devant l'école Sembel pour se souvenir de la fillette. Des pins bleus gratuits sont disponibles à la permanence de «La Mouette» rue Montesquieu et une distribution sera réalisée samedi en ville par des bénévoles. «La Mouette» a aussi fait imprimer un lot de 2000 enveloppes prétimbrées avec dans un coin, l'affiche tristement célèbre du visage de Marion. Les enveloppes vous attendent rue Montequieu au prix de 0.80 centimes l'unité. «La Mouette» espère que la mobilisation sera importante lundi à midi. Un égrégore de pensées pour Marion.